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Septième rapport de Bernard Zaugg, 20 janvier, 22.39, heure locale
E-mail de Bernard Zaugg

Après avoir appris lundi que nous ne pouvons plus utiliser notre local d’Helvetas, les dégâts ayant touché à la structure du bâtiment, avec une partie des collègues, nous avons été récupérer le maximum de choses à l'intérieur: une partie des archives, les plus récentes pour la comptabilité, les plus importantes institutionnellement par ailleurs. Nous avons aussi récupéré nos tables pliables de réunion de même que les chaises, les séparateurs et les pinboard ou autres matériel de présentation; ce seront probablement nos futurs bureaux à court terme! (il y a deux jours déjà, nous avions pris tous les PC portables et autres équipements de valeur et de faible volume). On a aussi ramassé un maximum de nos réserves de fournitures de bureau et de papeterie et le stock de pièces de rechange pour les véhicules. Pour le moment, tout cela est rassemblé dans une grande pièce au rez-de-chaussée, en attente de déplacement. Le hic maintenant, c'est d'arriver à trouver un nouveau local dans un PAP dans lequel 30 à 50% des constructions ont été dévastées! Et puis, dans l'urgence, faut-il que nous options pour un hébergement provisoire, pour nous laisser le temps de comprendre mieux ce que sera notre nouveau contexte de travail en Haïti ou faut-il opter pour un bureau plus définitif? L'une comme l'autre de ces deux options n'est pas simple... Pour le moment, j'ai bien quelques propositions mais rien de vraiment fonctionnel.

Parallèlement à ce travail, une autre partie de l'équipe (2 cadres + 3 chauffeurs) accompagne et appuie la mission d'urgence de la DDC dans leurs déplacements sur le terrain. et puis, deux collègues sont partis à Verrettes - Lachapelle et Savannette pour prendre des nouvelles directes de ces régions ou sont nos projets, informer nos partenaires de notre incapacité à travailler normalement pour au moins un mois et à récolter auprès de nos partenaires des premières idées sur des pistes de relance.

Enfin, l'administratrice a mis en jeu ces réseaux personnels pour trouver un moyen de faire des provisions alimentaires pour les 20 personnes de l'équipe d’Helvetas. C'est en effet la solution que nous avons adoptée lundi passé pour venir en aide rapidement à notre équipe, à leurs familles et aux proches ou amis qu'ils hébergent chez eux.


Du côté des bonnes nouvelles, on constate que les super marchés et les boutiques ont repris du service depuis 48h. Le problème, c'est qu'il n'en reste plus beaucoup debout... La distribution de carburant a elle aussi recommencé, d'abord dans une pagaille inimaginable (comparable à la situation de février - mars 2004, après les violences qui avaient suivi de second départ d'Aristide) puis, progressivement et avec l'aide de la police, dans un ordre tout à fait acceptable. Selon ce que j'ai entendu à la radio ce soir, il y a des stocks alimentaires disponibles à PAP pour 3 à 4 semaines, 10 à 15 jours pour le carburant.

Par contre, toujours rien concernant les banques, fermées depuis le séisme. L'argent demeure donc pour nous tous un casse-tête.... Pas évident comme situation quand tu dois tout acheter cash,à moins, encore une fois de faire fonctionner les réseaux et relations personnelles et obtenir le droit de payer par chèque (le système de contrôle des cartes de crédit n'est pas fonctionnel jusqu'à présent...). A la radio, on annonçait aujourd'hui que les banques comptaient rouvrir leurs portes samedi prochain. Espérons-le...

Ceci dit, malgré tous ces problèmes de fonctionnement, nous sommes quelque part des "byenere" (bienheureux, privilégiés) par rapport au désastre qui nous entoure: nous avons un toit et des murs dans lesquels nous abriter et nous dormons même dans un lit (quoique nous ne soyons toujours pas retournés dans nos chambres mais dormions par prudence dans le salon, pour rester plus proches d'une issue facile en cas de réplique... comme cela a été le cas ce matin à 6h, réveillant une partie d'entre nous en sursaut pour se retrouver ne quelques secondes dans le jardin... Nous avons aussi à manger et pour plusieurs jours... Que dire de ceux et celles qui passent leurs nuits dans la rue, devant les ruines de leurs maisons ou pire, rassemblés par centaines ou milliers sur les places publiques de PAP... Car, 8 jours après le séisme, même si quelques signes d'aide sont visibles dans les rues, la situation de tous ces gens demeure compliquée et pénible.

Pour finir (ou presque), j'aimerais vous rassurer quelque part. Dans les quartiers que j'ai sillonnés ces derniers jours (PV, Delmas jusq'à 40, Canapé Vert - ce n'est certes pas le centre-ville mais quand même), je trouve la situation étonnement calme vu les circonstances. Je trouve même que les comportements des uns vis-à-vis des autres sont bien plus "courtois" qu'en période normale. Je ne sens par exemple aucune agressivité de toutes ces personnes sinistrées (et pourtant, elles auraient de nombreuses raisons d'être en colère) et je n'ai personnellement été témoin d'aucune des scènes de violence décrite dans la presse internationale. Jusqu'à présent, tout en limitant mes déplacements au strict nécessaire, je ne prends pas disposition sécuritaires particulières.

 
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