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Nouveaux défis

Les nouveaux Objectifs de développement durable de l’ONU responsabilisent autant le Nord
que le Sud. Que signifient-ils pour le monde et pour la Suisse? Entretien avec Peter Niggli,
directeur d’Alliance Sud, la communauté de travail des organisations d’entraide, de 1998 à 2015
et membre du comité central d’Helvetas depuis juin 2015.

Nouveaux objectifs

Jusqu’en 2015, les Objectifs du Millénaire de l’ONU ont servi à de nombreux États comme fil rouge de leur coopération au développement. De nouveaux Objectifs de développement durable, les Sustainable Development Goals (SDG), ont été fixés – à grand renfort de diplomatie et de kérosène. Les Objectifs du Millénaire n’ont-ils pas suffi?
 Dans les années 1990, lors des sommets de l’ONU, des corrections aux conséquences négatives de la globalisation ont été apportées, mais les pays occidentaux n’ont pas voulu les suivre. Les Objectifs du Millénaire ont mis l’accent sur des sujets tels que la santé, l’éducation, l’eau ou l’égalité. La teneur des objectifs n’a pas été contestée. Qui pouvait bien s’opposer à la réduction de moitié jusqu’en 2015 de l’extrême pauvreté, exigée dans le premier objectif? Sept objectifs du Millénaire ont responsabilisé les gouvernements des pays en développement. Seul le huitième a formulé de vagues exigences pour les pays industrialisés. Cet objectif, l’organisation d’un partenariat global pour le développement, est le seul à ne pas avoir été atteint.
 
Les Objectifs du Millénaire ont été atteints, au moins dans certains domaines.
Ils ont surtout démontré qu’il était possible de déclencher une dynamique avec une réglementation «douce», sans sanctions. L’ONU fixait des dates pour atteindre ces objectifs et les soumettaient chaque année à discussion, ce qui entraînait une «compétition cosmétique» entre les pays et mobilisait les populations dans beaucoup d’entre eux. C’est ainsi qu’ils ont réussi à faire un peu bouger les choses.
 
Rien qu’un peu?
Succès et insuccès peuvent être mesurés avec les objectifs pour la santé. Le taux d’infection par la malaria a considérablement baissé grâce à une mesure toute simple – la distribution de moustiquaires imprégnées. Mais pour réduire la mortalité maternelle et infantile, il n’existe pas de solution rapide. Seul le renforcement d’un système de santé global peut apporter de meilleurs résultats. C’est donc un travail au développement typique, nécessitant des processus sociaux et politiques à long terme.
 
En va-t-il autrement pour les Objectifs de développement durable?
Ceux-ci associent deux priorités: la réalisation des Objectifs du Millénaire et l’agenda pour le développement durable décidé par l’ONU en 1992 à Rio. L’agenda de Rio contenait des propositions d’action pour dépasser le fossé Nord-Sud, freiner la détérioration de la cohésion sociale et ralentir la destruction de l’environnement. Les nouveaux objectifs regroupent ces thématiques. Et surtout: ils s’appliquent à tous les pays, y compris la Suisse. Le dixième objectif, relatif à l’inégalité des revenus, exige par exemple que le revenu des 40% de la population la plus pauvre augmente plus fortement que la moyenne nationale jusqu’en 2030.

Il me semble avoir déjà entendu tout cela.
Pour atteindre les Objectifs de développement durable, les problèmes sont les mêmes que pour ceux du Millénaire. Les processus politiques et sociaux nécessaires ne peuvent être résumés techniquement. Les 17 objectifs et les thématiques ont déjà été traités à plusieurs reprises à l’ONU au cours de ces vingt dernières années. On y trouve aussi bien des objectifs de développement tels que la lutte contre la pauvreté, la santé et l’éducation, que de nouvelles règles pour l’économie mondiale, ou de plus grandes marges de manœuvre de politique économique pour des pays en développement. Et, finalement, des objectifs écologiques allant de la biodiversité et de l’exploitation des ressources jusqu’au changement climatique.
 
Lequel des nouveaux Objectifs a le plus grand potentiel? La lutte contre la pauvreté?
C’est l’objectif numéro un. On aimerait éliminer l’extrême pauvreté d’ici à 2030. Tous ceux qui, depuis 2000, extrapolent un fort taux de croissance des pays pauvres pensent que cela se fait presque automatiquement. J’ai des doutes. Économiquement, nous faisons face à des années de vaches maigres. Et ce n’est que grâce à des salaires plus élevés et à une politique sociale active que les pauvres profiteront au moins des plus petits fruits de la croissance. Cela doit d’abord être obtenu des dirigeants.
 
L’objectif numéro 12 exige une consommation et une production durables. Cela s’adresse d’abord aux pays du Nord?
Sur ce point, les pays en développement attendent effectivement beaucoup des pays industrialisés. Nous contribuons grandement à la désertification écologique des plantes. Par exemple, si le bilan environnemental de la Suisse se présente un peu mieux, cela tient à la délocalisation de quantité de procédés industriels à l’étranger, en Chine notamment. C'est ce que font tous les pays industrialisés.
 
... en Chine où 90% des villes sont sous une cloche de pollution.
Là-bas, les gens sont littéralement asphyxiés par les conséquences de notre demande, et bien sûr par l’absence de volonté du parti dirigeant d’imposer des prescriptions environnementales. La consommation durable exigerait chez nous des réformes ambitieuses. Nous voyons combien les résistances sont fortes dans les démêlés pour la nouvelle politique énergétique de la Suisse.

 Il me semble que certains objectifs – moins d’inégalités, production d’énergie durable ou État de droit – exigent un renversement des rapports de force politique et économique. Tous les objectifs ont-ils de bonnes chances?
Les États membres de l’ONU ont négocié les Objectifs de développement durable pendant plus de deux ans et lancé des consultations régionales à large échelle. Ils vont certainement les adopter en septembre tels que présentés. Ils vont s’y conformer par la suite et leur accorder une place dans le prêche dominical de leurs ministres. Mais la question est ouverte pour ce qui est du niveau de leur volonté de les mettre aussi en pratique. Cela dépend de la «compétition cosmétique» entre les pays à l’ONU. La pression de la base est nécessaire pour atteindre les objectifs de durabilité. Il dépend donc de nous, d’Helvetas, d’Alliance Sud, des mouvements sociaux et des ONG du monde entier que les choses bougent.
 

Un engagement sans faille: Peter Niggli est entré au comité central d’Helvetas

De 1998 au 31 juillet 2015, Peter Niggli a été le directeur d’Alliance Sud, la communauté de travail pour la politique de développement de Swissaid, Action de Carême, Pain pour le prochain, Helvetas, Caritas et Eper. Selon Peter Niggli, durant cette période, il a toujours été possible de créer des coalitions en dehors de «la communauté du développement». Par exemple lors des débats autour de l’OMC avec les deux unions syndicales, celles des paysans et des organisations pour l’environnement. Des contacts ont sans cesse été entretenus avec ces unions ainsi qu’avec des organisations de femmes et de droits humains. «Nous avons aujourd’hui notre place dans la structure de la société civile. Nous savons quand une action commune s’avère opportune», dit Peter Niggli. Nous avons aussi réussi à obtenir une augmentation du budget de la Confédération pour l’aide au développement. Grâce à la pétition 0,7 % en 2010, signée par 200 000 personnes, la Confédération investit aujourd’hui 0,5 % du revenu national brut dans la coopération au développement. L’initiative pour des multinationales responsables, lancée par plus de 70 organisations de la société civile, est le fruit le plus actuel de cette collaboration.
 
Peter Niggli a pris sa retraite le 31 juillet 2015. Il reste cependant engagé pour la politique de développement. Il a été élu au comité central d’Helvetas lors de l’assemblée générale annuelle. Les années à venir seront cependant aussi une «période de liberté» qui lui permettra de cultiver à nouveau sa passion pour les livres, selon son souhait.