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Objectifs pour demain

«Dans mon rêve, les villages sont reliés par de bonnes routes et des ponts. Nous avons une école, des instituteurs qualifiés et aucun enfant ne souffre plus de malnutrition. Chacun de nous a un travail et peut acheter des aliments, des vêtements et des fournitures scolaires», dit Momotaz Begum, une jeune femme du Bangladesh dont le témoignage figure dans ce numéro. Ce rêve n’a rien d’extravagant, au contraire, ce sont des choses simples et concrètes qui devraient aller de soi. C’est pour cette raison que ses mots me touchent.

Il est révoltant que des milliards de personnes ne puissent pas satisfaire leurs besoins fondamentaux. D’autant plus que nous sommes enclins à nous habituer à cet état de fait, puisqu’il s’agit de pays lointains. Tous pourraient participer au progrès social et économique, c’est tout à fait possible avec de la volonté politique, mais nous y avons failli en tant que communauté mondiale. Le fossé entre le Nord et le Sud et entre les riches et les pauvres s’est certes un peu décalé, mais de façon générale, il n’a cessé de se creuser plus encore ces trente dernières années. Se voulant globaux et intégratifs, les Objectifs de développement durable (ODD), qui seront adoptés par l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre prochain, visent à corriger le tir. Les gouvernements signataires s’engagent à lutter contre la pauvreté et à entreprendre davantage pour que l’eau, l’alimentation, la santé et la formation soient accessibles à tous.

Par ailleurs, et c’est nouveau, les ODD exigent des réformes, voire des bouleversements politiques et économiques. Ils demandent par exemple une politique cohérente dans les domaines de l’énergie, de l’environnement, du commerce et des finances, ce qui concerne tant le Sud que le Nord. Les objectifs en faveur d’une répartition plus équitable des revenus ou d’une politique économique prenant en compte le climat sont un défi pour les pays riches aussi. En Suisse, par exemple, notre consommation est si gigantesque que l’équivalent de cinq planètes serait nécessaire pour que toute la population mondiale puisse consommer pareillement. Si nous voulons éviter un effondrement écologique, nous devons absolument maîtriser notre frénésie de consommation et adopter un système économique préservant mieux l’environnement et protégeant les droits des populations du Sud.

Portée par plus de 70 organisations de la société civile suisse, dont Helvetas, l’initiative Multinationales responsables – protégeons les droits humains et l’environnement va dans ce sens, en exigeant que les grandes entreprises sises en Suisse respectent aussi les lois internationales sur le travail et l’environnement dans les pays où elles opèrent. Si bon nombre d’entre elles ne misent plus désormais sur le travail des enfants, d’autres formes d’exploitation et la destruction de l’environnement pour se procurer des avantages concurrentiels, il existe encore des moutons noirs qui n’ont aucun scrupule à profiter des contrôles laxistes et des fonctionnaires de justice corrompus pour maximiser leurs profits. Cette initiative veut contribuer à empêcher ce genre de pratiques.

Le changement climatique, la migration et les crises économiques montrent que nous ne pouvons pas nous isoler du reste du monde dans notre oasis de prospérité. Le changement climatique nous concerne tous. Les tragédies migratoires en  Méditerranée aussi. Apportons notre contribution pour que le monde soit accueillant pour tous, pour nos petits-enfants aussi bien que pour les populations du Sud.

Melchior Lengsfeld, directeur d’HELVETAS Swiss Intercooperation